Le feu a toujours été là. Les bivouacs avec mon père. Les petits barbecues en fonte posés à même le sol. La saucisse sur un pic, le croustillant, le calme autour des braises. Pas besoin d’en faire trop : c’était simple, vrai, et ça m’a marqué.
Je viens d’une lignée ancrée dans le concret — arrière-grands-parents fermiers, père entrepreneur. À quinze ans, la maison familiale devient un restaurant pour soutenir le projet de ma sœur. Service, cuisine, rythme : c’est là que je commence vraiment à travailler.
Mais c’est en devenant artisan menuisier que le feu revient comme une évidence. Dans l’atelier, je cuisine sur le poêle à bois, des tajines qui mijotent pendant que je travaille. Le feu cesse d’être un loisir : il devient un instinct, un repère, un outil.
À vingt ans, je construis mon premier barbecue. J’expérimente, je cherche. Assez pour reprendre des études et devenirchef restaurateur-traiteur diplômé — parce que je voulais plus qu’aimer le feu : le maîtriser, et le transmettre avec légitimité. Je deviens professeur, puis chef d’atelier, sans jamais m’éloigner de la cuisson au feu.
Je fonde ensuite ma première école de barbecue en Belgique, en piochant dans le fumage flamand, la gastronomie française, la technicité belge — solide, précise, souvent méconnue — et plus largement dans les cultures du feu du monde entier.
J’ai envisagé le Québec. C’est le Portugal qui m’a appelé : terre de churrasco, de braise quotidienne. J’ai installé mon espace de travail dans la montagne, à Góis. Mais je ne reste jamais longtemps au même endroit — chaque mois, je me déplace en Belgique, en France, en Espagne, pour former, accompagner, cuisiner.
Du kamado à l’offset, du pellet au brasero, de la plancha au fumoir : je continue à me former sur les techniques, et aussi sur la manière de les rendre visibles et utiles.